1956, quand l’UNEF bascule PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Mercredi, 04 Janvier 2012 16:46

 

Épisode précèdent : les débuts de la guerre             Suite : 1956-1958, la guerre s'intensifie

Compléments sur :

La "prise de pouvoir" par la mino
C’est au mois d’octobre 1955 qu’un premier jéciste, François Borella (Nancy), est élu président de l’UNEF (il démissionne immédiatement pour faciliter la constitution d’un bureau mixte mino-majo). Les jécistes du bureau de l’UNEF interviennent alors en faveur de la décision de l’UNEF de se mettre en contact avec l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), ce qui amène à la mise en place du premier bureau minoritaire sous la présidence du jéciste Michel de La Fournière au printemps 1956.

Ses acteurs principaux, surtout ceux qui sont issus de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), assument depuis le Congrès d’avril 1955 certaines responsabilités dans le bureau de l’organisation. Ils y occupent quatre positions sur dix, notamment celle de la vice présidence d’outre-mer qui est confiée à Robert Chapuis (JEC, Paris-Lettres) et la vice-présidence universitaire attribuée à François Borella (JEC, Nancy). Il s’agit donc la première année d’une véritable action mino dans le bureau de l’UNEF depuis 1950. C’est en ce printemps que la presse traite quotidiennement de la querelle qui fait rage au sein de l’UNEF : « Les réactions étudiantes traduisent avec netteté les divisions profondes qu’a causées le drame algérien dans l’opinion des jeunes métropolitains » (Le Monde, 1.6.1956).

La conférence nationale étudiante


Ce sont ces mêmes Chapuis et Borella, membres de la mino devenue majo, qui organisent en juillet 1956 une conférence nationale étudiante pour une solution au problème algérien, reconnaissant le droit à l’indépendance. Des responsables de l’UGEMA sont également présents : préfiguration d’une future négociation de paix…
Voici un extrait d’un article du journal Rivarol daté du 19 juillet 1956 et concernant cet épisode : 

-Une main anonyme a largement diffusé, cette semaine, à Paris, un dossier très édifiant, qui comporte une quinzaine de documents d’apparence irréfutable, apportant quelques précisions sur les activités politiques d’un certain nombre d’individus qui conjuguent leurs responsabilités à l’Union Nationale des Étudiants de France avec d’autres travaux au sein de mouvements comme la JEC, la Jeune République, le Mouvement de Libération du Peuple, Témoignage chrétien, etc. […] Il suffit de voir la liste de ceux qui organisent cette « Conférence nationale ». Le principal responsable en est François Borella, ancien président de l’Union nationale des étudiants de France, conseiller juridique de ce qui en reste, collaborateur de Témoignage chrétien. C’est lui qui, en dernier ressort, lance les invitations et dirigera les négociations. On peut compter sur sa coupable indulgence et sur son amitié pour les rebelles algériens. (« Fuites chez les étudiants », Le Rivarol, 19.7.1956)

 

Brochure éditée en juillet 1956 à l'occasion de la Conférence nationale étudiante pour une solution au problème algérien. (Fonds Robert Chapuis, Cité des mémoires étudiantes)
 

                             

Messieurs Borella et De la Fournière ( Fonds Michel de la Fournière, OURS et Pierre-Yves Cossé, Cité des mémoires étudiantes)

Biographie de François Borella (GERME)

Né le 16 février 1932 à Nancy (Meurthe et Moselle) ; marié le 27 août 1957 avec Marie-Claire de Thomassin de Montbel ; cinq enfants ; dirigeant local (1954-1955) puis national (1955-1956) de l’UNEF ; membre du PSU depuis 1960, de sa Direction Politique Nationale de 1969 à 1974, membre du Comité Directeur du PS de 1974 à 1979 ; Professeur de droit ; conseiller municipal de Nancy de 1983 à 2002, conseiller régional de Lorraine de 1986 à 1998.
Troisième enfant d’une famille catholique pratiquante, François Borella perdit son père, adjudant-chef aviateur mort en service commandé, à l’âge de cinq ans et fut alors élevé par ses grands-parents maternels. Elève du lycée H.Poincaré de Nancy, boursier, premier prix d’histoire au concours général des lycées en 1949, bachelier en 1950, François Borella fut reçu en 1952 à l’ École Nationale de la France d’Outre-Mer mais dut démissionner pour raisons de santé un an après. Mais il poursuivit ses études de droit à Nancy puis à Paris, en travaillant pour payer ses études, obtenant la licence en juillet 1953, le doctorat en mai 1957 ; reçu à l’agrégation de droit public et de science politique en 1962, il fut alors professeur à la Faculté de droit d’Alger au lendemain de l’indépendance.
Engagé à la Jeunesse Étudiante Chrétienne dès 1944 et à la Fédération française des Etudiants catholiques depuis 1950, François Borella milita à partir de 1953 dans l’Association Générale des Etudiants de Nancy, étant président de la « corpo » de droit en 1954, puis de l’Association Générale en 1955. Représentant du courant minoritaire (« mino »), syndicaliste et anticolonialiste, il fut élu vice-président de l’UNEF, chargé des questions universitaires au congrès de 1955 de cette organisation encore dominée par les corporatistes.  
La guerre d’Algérie exacerba l’opposition entre les deux courants de l’UNEF et mit celle-ci en crise. En octobre 1955 François Borella devint le premier président « mino » de l’UNEF mais dut démissionner au bout de quinze jours faute d’une majorité stable ; son successeur « majo » fut lui-même contraint à la démission en février 1956, François Borella devenant alors conseiller juridique de l’UNEF dirigée uniquement par les minos depuis le congrès d’avril 1956 ; il quitta cette fonction  en avril 1957, n’étant désormais plus étudiant , peu avant de publier (avec Michel de la Fournière, président de l’UNEF)  Le syndicalisme étudiant, historique et justification de l’orientation du syndicalisme étudiant depuis 1946.
Entre-temps, en marge de l’UNEF mais avec l’accord de son nouveau président et des minos, il organisa à Paris avec Jacques Julliard une « Conférence nationale étudiante pour une solution du problème algérien », tenue en juillet 1956 avec  des représentants officieux de l’UGEMA, organisation étudiante du nationalisme algérien. Ses conclusions, publiées dans la revue Esprit en janvier 1957 se voulaient la préfiguration en miniature d’une négociation franco-algérienne. Cela  valut à François Borella d’être en mai 1957 inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, mais acquitté en octobre 1958.
Assistant, puis chargé de cours à la faculté de droit de Nancy, jusqu’en 1962, il reprit son enseignement  à Nancy en 1966 jusqu’à 1990, après quatre années  à Alger, en qualité de professeur puis de président de l’Université de Nancy II (1973-1978) et directeur du département de science politique (1978-1988).
Adhérent à l’UGS en 1956, puis au PSU en 1960, il fut candidat de ce parti aux élections municipales et législatives à Nancy de 1968 à 1973. Proche de Michel Rocard, il adhéra en 1974 comme ce dernier au PS, dont il fut le candidat aux élections législatives en 1988, et aux municipales de 1983 à 1995 inclus, étant ainsi conseiller municipal d’opposition.
François Borella a été fait commandeur des Palmes académiques et officier dans l’Ordre du mérite.

Biographie de Michel de la Fournière (OURS)

Michel de la Fournière est né à Paris le 6 janvier 1933. Son père meurt à la guerre en 1940. Après des études au lycée Buffon et Louis Le Grand puis à la Sorbonne, il passe l’agrégation d’histoire en 1959. Son engagement militant le conduit très tôt à exercer des responsabilités au sein de la JEC (jeunesse étudiante chrétienne) dont il est responsable national en 1953-1954, et du monde enseignant. En 1956, en pleine guerre d’Algérie, il est élu président de l’UNEF. Il enseigne d’abord au Mans, puis durant 4 ans à Rabat. En 1965, sur sa demande, il est nommé professeur à l’école normale d’instituteurs d’Orléans. Il adhère au PSU dès sa fondation en 1960 où il travail avec Michel Rocard. Il est candidat du PSU aux législatives de 1968, aux cantonales de 1970 (Orléans-Sud) et aux municipales de 1971 à Orléans. Il rejoint le Parti socialiste en 1974 à l’issue des Assises du socialisme. Il devient membre du comité directeur en 1975. En 1981, il entre au cabinet de Jean-Pierre Cot, ministre de la Coopération comme conseiller technique. Après le départ de Jean-Pierre Cot il est chargé de mission auprès du ministre de l’agriculture (1982-1983). Au sein du PS, il assure les fonctions de secrétaire national chargé des Droits de l’homme (1981-1984). Élu conseiller général du Canton Orléans Saint Marc-Argonne en 1982, il siège au conseil municipale d’Orléans à partir de 1983. En 1984, il est nommé conseiller culturel, directeur de la coopération à Alger. En 1986 il est nommé ambassadeur de France en Haïti. La dictature des Duvalier vient de s’achever.
Michel de la Fournière est mort à Orléans le 4 septembre 1988.

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Mis à jour le Mercredi, 06 Mars 2013 16:51
 

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